Politique urbaine à Paris : la tentation de Venise
C’est beau, Venise. Mais c’est une ville qui meurt, et qui meurt de sa beauté. La population et l’emploi y diminuent rapidement. La ville magique est au centre de l’une des régions les plus prospère du monde, mais elle ne participe pas à la vie de cette région. Les banques, les assurances, les entreprises de conseil, les services de transport, les sièges sociaux qui pourraient se nourrir de cette prospérité, et la soutenir, quittent Venise les uns après les autres. Reste une ville-décor, une ville-musée, qui ne produit et ne vend plus que son image.
Un tel destin menace Paris. Pas l’agglomération parisienne (c’est-à-dire en pratique l’Ile de France) qui reste un grand lieu de production, mais Paris intra-muros. L’évolution récente et les politiques engagées vont dans ce sens. Entre 1990 et 2000, Paris a sans doute gagné en charme et en qualité de la vie, et attiré un nombre croissant de touristes, mais Paris a perdu plus de 200.000 emplois.
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L’idéologie dominante, encore mieux incarnée par les Verts et leurs alliés socialistes que par l’ancienne majorité municipale, vise donc à faire de Paris un objet de consommation plutôt qu’un lieu de production.
La ville-consommation par excellence, c’est Venise. Venise est ainsi le modèle implicite, la référence imaginaire, de la politique urbaine parisienne (et pas seulement parisienne). C’est la ville sans voiture, la ville sans production, la ville sans changement, la ville du carnaval. Hélas, c’est aussi de plus en plus la ville sans Vénitiens. Ses rues sont surtout arpentées par des touristes. Ses logements sont de plus en plus possédés par des étrangers qui n’y passent que quelques semaines par an. Venise est en train de devenir un Disneyland de luxe.
Paris semble avoir choisi ce destin. De plus en plus de fêtes, de moins en moins de voitures, de moins en moins d’activités. Les riches Italiens ou Américains qui ont déjà un pied-à-terre à Venise l’ont bien compris : ils sont en train d’en acheter un second à Paris. Dans certains quartiers, le tiers des achats de logements est le fait d’étrangers qui poussent d’ailleurs les prix vers le haut. La moitié des agences immobilières de la rue Rambuteau affichent maintenant : « real estate agency ». Venisification de Paris : le mot est horrible, mais la chose ne l’est guère moins.
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